Le bouquet du quotidien – Expérience de médiation autour de Dmitry Prigov au cours de la soirée Museum Live

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Dmitry Prigov, Bouquet, 2000, stylo à bille, papier, boîte en métal, 92cm.

La soirée Museum Live : Les années 1980-2000 du 19 janvier 2017 était consacrée à la culture alternative et urbaine. Pendant cette soirée j’ai fait de la médiation culturelle, comme beaucoup d’autres bénévoles de notre groupe Art Session. La particularité essentielle de la médiation de cette soirée est qu’elle était très vivante, et a engagé une participation active des visiteurs. Par exemple, j’ai toujours commencé ma présentation par la même question au public : « Est-ce que vous savez comment Dmitry Prigov a transformé la vie quotidienne dans l’art ? ». C’est à l’art de cet artiste moscovite, sculpteur de formation, poète, performeur, dans le cadre de l’exposition de l’art russe contemporain « Kollektsia », que j’ai consacré ma médiation. J’ai vu les œuvres de Dmitry Prigov (1940-1970) pour la première fois au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, ma ville d’origine. Comme Prigov est une figure classique, le « Pouchkine de la poésie russe », l’exposition qui lui est consacrée est permanente. Elle inclue ses installations, les vidéos de ses performances, ses tableaux. De plus, il faut souligner que l’héritage poétique de Dmitry Prigov est énorme : il a composé plus de 24 000 poèmes, qu’il a réuni pour la majorité dans des recueils. L’un de ces recueils est présenté lors de cette exposition au Centre Pompidou. Dans la préface de la version française, de la série des « stihogrammes » (« versogrammes » en français) Prigov a écrit :

« Les stihogrammes est une dynamique, une confrontation des textes vivants, ce qui est perçu dans la lecture. Ils ne représentent pas la poésie ou les exemples de la poésie graphique, l’analogue des cryptogrammes ou les messages cachés. »

Il a aussi remarqué que l’image visuelle des « stihogrammes » a suivi des principes de multiplication :

« Le but de mon art n’était pas la figuration mais l’aspiration à trouver une structure du livre, comprendre le sujet comme le motif qui nous encourage à feuilleter les pages et regarder la page suivante. »

Durant la médiation, les visiteurs étaient contents d’écouter la consonance « des stihogrammes » en russe, ma langue maternelle, et en français. Ils représentent le plus souvent une ou deux lignes, les mots se répètent et s’effacent. Tel est le jeu de langage de Prigov.

C’est intéressant de noter que les textes de Prigov sont liés à tel phénomène de la culture soviétique comme « Samizdat » – l’autoédition. Ce terme a été créé par contraste avec « Gosizdat », ce qui signifie « les éditions de l’Etat ». Les textes ont été transférés par le moyen de la duplication, de la photocopieuse, de la presse, de la dactylographie et, de ce fait, ont souvent pris la forme du livre d’art. Deux de ces artefacts sont montrés dans l’exposition au Centre Pompidou : « Les feuilles chinoises de la poésie russe » et « Les portraits littéraires des intellectuels ».

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Dmitry Prigov, Feuilles chinoises de la poésie russe, Portraits littéraires des contemporains, 1983, tapuscrit, stylo sur papier.

Le plus souvent, la poésie de Dmitry Prigov provoque le sourire de l’ironie parce qu’elle parle des choses très habituelles. On peut dire que son poème est une image humoristique à propos de l’Etat soviétique. L’artiste a accordé une grande importance au rythme de la poésie. Cela apparaît comme une évidence dans la vidéo de la performance poétique où l’artiste porte un casque de Milicioner (en français – le policier), une figure mythologique et, en même temps, réelle qui s’occupe du maintien de l’ordre public. D’après l’artiste, il est « médiateur entre l’état de la terre et l’état du ciel ». Ce personnage de Prigov est souffrant parce qu’il est toujours confronté aux conflits de la vie quotidienne.

 

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Dmitry Prigov, Le Coin, Glasnost, 1989, installation.

Dans la salle suivante de l’exposition se trouve l’installation Glasnost (en français – Transparence). Durant la soirée Museum Live les visiteurs ont pu voir la performance de hip hop du danseur Jérôme Fidelin sur la musique tragique de Pyotr Ilyich Tchaikovsky ayant un lien avec le sujet de l’installation – l’année 1984, la loi de la liberté et de l’expression du mot. On peut comparer la danse de Jérôme Fidelin avec le texte car le but de l’artiste, était de raconter l’histoire de cette installation à partir du langage du corps. La base de l’installation — les hebdomadaires Pravda (la Vérité) — ont créé « les coulisses graphiques » de la chorégraphie du danseur.

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Médiation culturelle à l’exposition de Dmitry Prigov (Marina Saburova)

En face de cette installation, il y a une œuvre qui se compose de journaux avec les mots écrits à l’encre noire : « Où allons-nous si l’on regarde plus profondément ? ». Cette œuvre m’a fait penser à la métaphore du masque car, le plus souvent, nous lisons des journaux et nous restons des lecteurs passifs au flux de l’information, et nous ne comprenons pas immédiatement ce qui se cache derrière les titres, parfois extravagants, des journaux.

 

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Dmitry Prigov, Où nous allons si on regarde plus profondément ?, 1989, encre sur journaux, 30,5x23cm.

La médiation des salles de Dmitry Prigov se finit par la vidéo de la performance où Prigov mange du poulet tout en suivant le rythme de l’opéra italien – l’apothéose de la transformation du « bouquet du quotidien » dans l’art. Cette exposition durera au Centre Pompidou jusqu’au 2 avril 2017 et sera poursuivie ultérieurement. Je serai ravie de renouveler mon expérience de médiation culturelle.

Marina Saburova

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