Danser sur la Femme, ou chuter du haut d’un gratte ciel en une même soirée, c’était possible le soir de Sciences Frictions

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La Femme, @lesinrocks ©N Krief

Du Centre Pompidou à la Cité des sciences

Ma découverte de la programmation culturelle d’un autre site

Aborder le savoir scientifique sous le prisme du plaisir, et s’amuser en approchant sensiblement des outils technologiques, voilà ce que la fête rend possible.

Avec la soirée Sciences Frictions, la Cité des sciences et de l’industrie en partenariat avec les InrocKuptibles, fait le pari de vulgariser les sciences pour que l’on puisse approcher les plus grandes théories, dès le plus jeune âge. Le rationalisme scientifique, en pénétrant et éveillant notre imaginaire, peut dès lors susciter notre intérêt à tous.

Le 27 avril dernier, cet événement a attiré une foule de curieux, néophytes ou savants en quête d’expériences, les marquant de souvenirs exaltés et déroutants.

Mêlant la création ludique à l’analyse technique, les divers ateliers permettaient au public de faire l’expérience d’outils technologiques et thérapeutiques, et ainsi d’approcher par la pratique des théories complexes.

Membre du groupe de bénévoles Art Session, au Centre Pompidou, j’ai sollicité l’équipe de la Cité des sciences afin d’explorer leur première soirée dédiée à la jeunesse accomplie. J’étais très curieuse de voir comment un haut lieu de diffusion culturelle s’adresserait au public des 18-35 ans, cette génération qui motive nos projets au Centre Pompidou.

Accueillant ma demande avec enthousiasme, j’ai été invité à étudier cette soirée, en regard des outils de programmation que l’on développe au Centre Pompidou.

A l’initiative des soirées Museum Livequi s’adresse à un public du même âge, Art Session et le Centre Pompidou partagent cet intérêt pour les vertus attractives et didactiques de la fête. Ces soirées sont animées de cette même volonté de sensibiliser les visiteurs en faisant l’expérience de l’art.

C’était l’occasion idéale de découvrir les moyens mis en œuvre par la Cité des sciences, pour organiser cette rencontre, entre l’excentricité de la fête et le pragmatisme de la science. Je me demandais comment le public s’approprierait cet immense laboratoire, en bande ou en couple, une bière ou deux à la main. J’attendais impatiemment de voir comment l’alliance entre la Cité des sciences et l’univers musical des Inrockuptibles, mettrait en valeur ce vivier de techniques et de savoirs.

Même si je n’ai pu assister à la totalité des activités proposées par le programme, je vous propose de traverser virtuellement les pensées qui m’habitent, illustrées par le photographe officiel de la Cité des sciences, avant de conclure sur l’aventure photographique de l’appareil argentique de Thomas Smith. Au fil de mes pensées, je tisserais des liens entre ces deux lieux, une cité et un centre, de nature et de fonction différentes, ponctués de ressemblances.


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©N Krief

Deux méga-structures et une multiplicité d’enjeux et d’interventions

  Le squelette en treillis du Centre Pompidou, de métal et de béton, fait écho à l’armature industrielle de la Cité des sciences. L’esthétique fonctionnelle des deux monuments exhibe leurs innombrables tuyaux. La Cité des sciences possède des espaces très vastes composés de plateaux, que le Centre Pompidou a au contraire comblé par des étages. Ces édifices provoquent donc des expériences sensitives bien différentes. 

Les  soirées Museum Live s’organisent autour d’interventions simultanées, pouvant ou non se croiser. L’un de nos enjeux majeurs est d’accompagner les publics dans les différents espaces, plus ou moins étriqués, plus ou moins visibles, conférant à la médiation un rôle essentiel. La Cité des sciences, quant à elle, exploite le potentiel volumétrique du bâtiment. Elle s’engage donc davantage à penser l’espace dans sa globalité, pour répondre aux visions panoramiques qu’elle offre.

Le premier étage représente le cœur du bâtiment, disposant d’une visibilité presque totale sur l’ensemble de l’architecture. Les effets de lumière, projetés lors de la soirée Sciences Frictions, sculptaient la structure, plongeant le public dans une expérience immersive.

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La Femme, @lesinrocks ©N Krief

Accueillant le concert électrique de la Femme puis du dj Superpoze, nous pouvions les apprécier, immergé dans la foule, mais aussi du haut de la mezzanine au deuxième étage, ou niché dans la serre. Le son s’immisçait dans les moindres recoins de cette cité transformée en caisse de résonance pour la soirée. Ce qui a parfois un peu perturbé la déconnexion mentale des hypnotisés, frustrés de ne pas perdre leur nom lorsque l’hypnotiseur invoquait son évaporation, ou pendant l’atelier de sons  synthétisés pour animer des séquences de films.


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Street hypnose ©N Krief

Livrés à nous-mêmes dans une expérience intime

  La soirée a pris le parti de jouer sur la libre circulation d’un public complètement autonome. J’y décèle des atouts, concernant l’exploration intime du lieu, mais aussi de petits inconvénients, notamment à propos de quelques manques de repères.

Il était très intéressant de voir la manière dont le public s’emparait de cette architecture géante, en se créant des îlots d’intimité. Toutes les expositions étaient accessibles librement. Cela permettait de dériver et de s’égarer à l’abri des regards, avant de se retrouver à nouveau plongé dans la foule. Cette ambivalence de l’intime et du collectif laissait au public la possibilité de se familiariser avec le lieu et de jouir d’une expérience sur mesure. Le public dérivait, surpris des contrastes entre les micro et méga architectures, et enthousiaste à l’idée d’aller toujours plus loin, sur terre ou dans l’espace, au calme ou transporté par les fréquences d’une techno minérale.

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Single 9D seat, Société 3HProd ©Lila Torquéo

Le potentiel de la Cité des sciences réside dans la manipulation d’outils mis à disposition, risquant peu d’être endommagés, à l’inverse du Centre Pompidou, dont les règles de sécurité limitent l’interaction avec les œuvres. Les soirées Museum Live proposent justement une dilatation de ces règles, en réanimant les espaces figés du Musée.

Les médiateurs en roller se mouvant dans l’espace, leur perruque colorée virevoltant au vent, possédaient une sorte d’aura aérodynamique. En dépit de cette médiation très astucieuse, les deux médiateurs que j’ai interrogé ont eu du mal à m’expliquer le programme.


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NSDOS ©N Krief

Penser l’espace dans son unité

  Je pense que la soirée aurait gagné à être plus homogène, peut être en dispersant davantage les différentes activités proposées, tout en insistant sur la qualité de la médiation. Le but n’étant pas de combler tous les espaces vides par une activité, mais de créer des centres névralgiques bien distincts, mobiles ou statiques.

L’écran de graffiti numérique (le Water Light Graffiti), le baby foot géant, les machines de réalités virtuelles, le bar à insectes, le studio photo ainsi que le magicien des nombres partageaient étroitement le même espace, ce qui n’a pas atténué l’euphorie d’un public prêt à tout tester. Mais les rendre visibles de loin, en les surélevant, et en les mettant davantage en scène, leur aurait conféré un aspect plus spectaculaire, évitant l’esthétique des stands de démonstration. Les mouvements saccadés, agités ou au contraire complètement paralysés, de l’individu en proie à des visions suicidaires en 3D, auraient été très beaux avec plus de recul.

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Water Light Graffiti ©N Krief

Les gracieuses danseuses de hula hoop logées au niveau 0 auraient pu se déplacer de temps en temps dans l’espace en manipulant manuellement leur cerceaux. Le public aurait ainsi profité de ces instruments à tous les étages.

Jonchés sur la vaste mezzanine du deuxième étage, les hypnotiseurs en pleine action, ou entrain de discuter, fusionnaient avec le public. Nous n’arrivions pas toujours à distinguer l’hypnotiseur de l’hypnotisé, l’esprit éveillé de celui inconscient, ce qui était très excitant. L’étrange position de certains se dessinait dans une chorégraphie inconsciente qui s’improvisait au cours du rythme des séances. Surprendre ce groupe de gens dans le no man’s land métallique du deuxième étage produisait un effet déroutant. Il en aurait fallu de peu pour qu’une « inquiétante étrangeté » transcende la soirée Sciences Frictions.


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©N Krief

On peut séduire le public, mais on doit aussi le perturber ..

  L’enjeu majeur de la Cité était d’accueillir un public jeune, novice ou érudit, tout en leur donnant le privilège d’apprendre ou de parfaire leurs connaissances et d’expérimenter des techniques nouvelles. Je pense que cette mission a été accomplie même si les ateliers auraient pu davantage solliciter l’investissement créatif du public, freiné par l’aspect ludique et divertissant des activités. Certaines installations se limitaient à la présentation d’un outil, à défaut d’en faire une matière à réflexion ou un support poétique. L’écran dans le hall d’entrée sur lequel des animations virtuelles se superposaient à notre image réelle, nous exposait au degré premier de la réalité augmentée.

La soirée livrait une confiance totale au public, lorsqu’il s’agissait de découvrir le matériel à disposition, mais laissait moins de marge de manœuvre à sa réflexion personnelle. Elle s’est attelée à anticiper les désirs du public, sans prendre le risque de le confronter à de l’étrangeté. 

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Je tiens à préciser que mes observations se rattachent à mon expérience muséale, et donc à des critères d’évaluation spécifiques au Centre Pompidou. Lors de la Nuit des Musées nous avons questionné les manières d’y accueillir une hypothétique vie nocturne, qui s’est retrouvée au cœur des enjeux de la soirée Sciences Frictions. Les photographies (ci-dessus) de Thomas Smith témoignent de l’effervescence des corps dansants, suants, frappés par l’allégresse collective. Les lumières factices du soir seraient-elles bien plus éloquentes que celles du jour ?

Je garantie que la rencontre de la fiction, des sciences et des arts sonores a mis la Cité des sciences en ébullition, tout autant que le public qui s’est laissé embarquer dans ce tourbillon sensoriel jusqu’à 2h du matin.

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