Magritte intrigue, René se révèle – De la médiation culturelle à la conversation partagée

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Une expérience de médiation culturelle, lors de la soirée 48ème parallèle Around Magritte dans le cadre de l’exposition René Magritte – La trahison des images

Ne vous a-t-on jamais dit que le défit d’un artiste ne consistait pas nécessairement à ( se ) faire comprendre, mais au contraire à bousculer, à désorienter jusqu’à en perturber l’usage de nos sens ? C’est en partie le message que j’ai tenté d’insuffler à un public avide d’en savoir plus sur l’univers à la fois onirique, rigide et fantaisiste de René Magritte.

Ce modeste communiste, volontairement isolé de la mondanité et de l’éclat du surréalisme, a malgré lui attiré 600 000 visiteurs de septembre 2016 à janvier 2017 à l’occasion de sa rétrospective au Centre Pompidou. Pour couronner le tout, la soirée Around Magritte, programmée le 19 novembre, invita des artistes à réagir aux pensées de ce peintre philosophe, aux travers de divers médiums, de la musique à l’aérobic. C’est alors que Art Session, notre groupe de bénévoles, est intervenu pour tisser un lien entre ces micro-événements.

J’ai pour ma part opté pour la médiation culturelle, désireuse de transmettre mon approche intime et personnelle de l’œuvre de Magritte. Chacune des pièces de l’exposition abritait une thématique extraite de son univers. Plongés dans l’énigme de sa pensée, les visiteurs découvraient ou redécouvraient l’étendue du travail de l’artiste. J’ai à plusieurs reprises entendu des gens s’étonner de l’ampleur de sa production, peignant sans peine plusieurs toiles par jour dans sa cuisine ou dans sa salle de séjour, parfois même conçues par de proches amis. Il en va de soi qu’un philosophe ne se contente pas d’aborder seulement une idée par jour. De la même manière qu’on ne peut se satisfaire d’une page pour approcher les pensées d’un philosophe, l’univers de Magritte ne se reflète pas à travers une ou deux toiles mais se conçoit dans sa globalité.

Si je me suis engagée dans cette médiation, c’est justement parce que je faisais partie de celles et ceux qui n’éprouvaient à priori pas grand intérêt pour les toiles de Magritte, à première vue stériles et désincarnées. Comment cet homme avait-il pu obtenir une telle notoriété en peignant sans entrain des objets qu’il ne trouvait pas plus loin que le bout de son saladier ? Nous voilà pourtant sur le point d’approcher l’enjeu porté par l’artiste. Il nous invite en effet à regarder bien au delà de la toile, à dépasser l’image et à transcender les mots. Nous pouvons d’ailleurs clairement affirmer qu’il n’estimait pas la peinture plus que cela. C’est pour ses facultés à duper, à tromper, à piper le regardeur charmé par les illusions de son apparence qu’il s’en est emparé. Dès lors, la pomme, le verre ou la girafe, ôtés de leur trivialité, s’exposent telles d’étranges entités flottantes. Tous ces objets insignifiants, ces mots sans écho gravitent et se percutent. La dialectique naissant de ces rencontres fortuites interroge. Mais le public ne pouvait prétendre vouloir comprendre les énigmes du peintre, le jour même de son aventure au Centre Pompidou. Il fallait attendre que l’image s’estompe pour que la pensée surgisse.

C’est ainsi que chacun des membres d’Art Session préparé à cette médiation culturelle, se déplaçait dans sa salle au grès de sa conversation, appuyant ses propos sur plusieurs œuvres choisies pour entrouvrir les mystères de Magritte.

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Je me trouvais pour ma part dans la deuxième salle, arpentant un fragment de l’univers de Magritte aux travers [D]es mots et [d]es images, tel que le commissaire Didier Ottinger l’eût baptisé. Lancée dans l’arène, les dix premières minutes me projetèrent dans un état d’une intense confusion. Imaginez vous immergé dans une foule mouvante, composée de spectateurs solitaires, ou accompagnés et de masses agglutinées autour de guides privés. Mais très rapidement, les visiteurs attirés par le grelot que nous nous étions tous accrochés, accessoire sonore présent dans l’iconographie de Magritte, s’amarraient à moi. C’est alors que dix minutes plus tard et pendant quatre heures ( oui car emportée dans ma discussion j’ai à mon insu rallongé ma médiation d’une heure ), je ne me suis plus arrêtée. Discutant en tête à tête avec un esprit curieux, les regardeurs écouteurs se greffaient au fur et à mesure à notre conversation. Quelle excitante sensation d’engager une discussion avec quelqu’un et de la terminer avec plus de trente personnes !

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Mais ce que je retiendrais avant tout de cette expérience concerne la diversité du public auquel j’ai été confrontée. Cela se doit notamment au concert de Jacques situé dans le forum. Performant principalement dans des lieux populaires et alternatifs, l’artiste musicien a permis à des jeunes, hermétiques au Centre Pompidou, de rencontrer Magritte, une personnalité saugrenue racontée par d’autres jeunes. Je me suis délectée de ces discussions passionnantes, parfois électriques, avec ce public totalement composite. Mes connaissances concernant l’oeuvre de Magritte se sont énormément enrichies au fil des conversations. En disséquant les toiles avec les visiteurs, j’ai pu pénétrer des dimensions auxquelles je n’avais songé avant de débuter cette médiation.

Lila Torquéo

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© Dao Bacon

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