Martial Raysse

L’équipe d’Art Session a testé pour vous l’exposition Martial Raysse.

Cet artiste dont l’univers sera mis à l’honneur lors de la prochaine soirée des Sessions, le 07 juin 2014, est un autodidacte touche-à-tout. Né en 1936 dans les Alpes-Maritimes il a vite abandonné ses études de littérature pour se lancer dans une carrière d’artiste. Comme les Nouveaux Réalistes (un groupe d’artistes réunis autour de Pierre Restany dans les années 1960) il pratique l’assemblage à ses débuts pour un « recyclage poétique du réel ». Mais Martial Raysse se distingue déjà par l’utilisation de matériaux neufs et non pas usagés.

Dans les années 1960 il réinvente notamment l’image de la femme qui, après avoir été diffusée par les maîtres du passé, faisait l’objet de nombreuses publicités. Pour cela il combine peinture et objets en trois dimensions ainsi que des néons. Dès 1963 il se rend régulièrement aux Etats-Unis où il côtoie le mouvement du Pop Art qui veut rapprocher l’art et la vie quotidienne.

Mais très vite son art change : il réalise un cycle « à géométrie variable » dans lequel il schématise des visages féminins, les fragmente et les réassemble ou bien utilise des formes simples comme une lettre ou une étoile. Il commence également à faire des œuvres où le spectateur est immergé : le spectateur entre dans une pièce particulière ou bien est filmé et retrouve son image dans une œuvre. C’est le début de sa pratique cinématographique.

Dans les années 70 s’opère une nouvelle transformation de son art : il se rapproche du chamanisme et autres rituels magiques. Il tente ainsi de revenir à des pratiques artistiques plus habituelles telles que le dessin. Cela le mènera ensuite vers un retour à l’art figuratif et précis comme celui des maîtres du passé où la mythologie a une grande place. Depuis lors Martial Raysse réalise des sculptures, peintures, fresques et courts-métrages.

Pour cette exposition monographique, c’est-à-dire consacrée à un seul artiste, Art Session s’est intéressé à différents sujets : les textes disponibles, la scénographie et le parcours de l’exposition. Suivez-nous !

En entrant dans l’exposition : surprise ! Pas de titre mais l’œuvre intitulée America America qui nous accueille et nous attire. Nous prenons un petit dépliant dont nous lisons la première page et partons à la découverte de cette exposition.

America America, Martial Raysse 1964 Néon, métal peint 240x165x45cm Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris

Dans la première salle, des sculptures en néon font face à des peintures. Quatre portraits de femmes sont mis côte à côte, tableaux de tailles différentes qui ne sont pas alignés, ce qui nous laisse un peu perplexe au premier regard. Néanmoins ces quatre tableaux montrent chacun le rajout d’un élément en trois dimensions (un coin de cadre rabattu, une fleur rajoutée, un néon, une autre fleur et une mouche). Certains de ces éléments se retrouvent dans les sculptures en face. Le tout est lié.

DSCN4771 - Copie

Vue de la première salle de l’exposition Martial Raysse au Centre Pompidou

La deuxième salle est consacrée à la plage, le thème est immédiatement visible et se retrouve facilement dans le petit dépliant pris à l’entrée avec le chapeau (c’est-à-dire le titre de la partie ou bien la titraille) « Nice/Los Angeles Nouvelles plages ». Cette salle animée d’un air musical en ferait presque danser les gens.

Vue de la salle Plage de l’exposition Martial Raysse au Centre Pompidou

Nous arrivons ensuite dans la salle consacrée au thème du paysage. L’éclairage diminué permet de mettre en valeur les œuvres avec des néons et de les apprécier comme il se doit.

Vue de la salle Paysages de l’exposition Martial Raysse au Centre Pompidou

Mais ensuite le parcours devient quelque peu confus : on nous présente des œuvres datées de 1971 puis de 1967 par exemple… Cela rompt avec la logique chronologique entamée depuis le début de l’exposition. Cela est sans doute dû à la volonté de réaliser un parcours qui soit chronologique mais qui montre également des ensembles cohérents d’œuvres comme cela est rarement possible dans les collections permanentes des musées.

Sur ce premier arrêt nous continuons notre parcours et arrivons d’un coup face à une salle avec un fort surplus de lumière blanche qui d’un coup semble nous assaillir … Cela ne nous donnerait presque pas envie d’aller voir de plus près les œuvres qui y sont exposées. Nous aurons à nouveau cette impression pour la reconstitution de la chapelle quelques salles plus loin.

Vue de la salle Coco Mato de l’exposition Martial Raysse au Centre Pompidou

Entre les deux, un grand espace avec quelques bancs pour se reposer et ouvrir le dépliant pris à l’entrée. Nous nous trouvons entre « Coco Mato » et « Mythologies » d’après le texte. Ces deux parties de l’exposition sont séparées par un long socle où sont présentées plusieurs œuvres. Ce socle semble malheureusement trop haut pour des personnes en fauteuil et, en tout cas, les cartels (courts textes qui indiquent certaines caractéristiques des œuvres comme le titre, la date et les matériaux par exemple) le sont sans aucun doute possible.

Entre Coco Mato et Mythologies

Entre « Coco Mato » et « Mythologies » selon le dépliant de l’exposition Martial Raysse du Centre Pompidou

Ce problème d’accessibilité pour les personnes en fauteuil se retrouve malheureusement un peu plus loin avec des œuvres posées sur une étagère et des petits cadres accrochés encore plus haut sur les cimaises.

Vue d’une étagère de l’exposition Martial Raysse au Centre Pompidou, rendant les œuvres malheureusement peu visibles voire pas visibles pour les personnes en fauteuil roulant.

Cela ne nous empêche pas de découvrir les autres œuvres accessibles à tous avec plaisir en nous avançant surement vers la sortie. Un dernier regard pour cette exposition que nous avons aimé parcourir et… surprise ! Nous avons failli manquer une salle ! Aucun plan n’étant fourni sur le dépliant donné à l’entrée nous aurions pu manquer cette grande salle sans nous en rendre compte … Elle est comme isolée dans le parcours de l’exposition et il faut faire demi-tour pour y aller.

Vue de la salle que nous aurions parfaitement pu manquer dans l’exposition Martial Raysse du Centre Pompidou si nous n’avions pas regardé en arrière avant de sortir.

Suite à cette visite un petit récapitulatif s’impose :

  • Les textes

Le texte distribué à l’entrée n’est pas forcément destiné à être utilisé durant le parcours de l’exposition. En effet, les salles ne possédant pas de titre il est parfois difficile de s’y retrouver. Si la reproduction d’œuvres peut nous aider à nous situer dans le dépliant, on ne peut que remarquer le manque de visibilité de la première, représentant Raysse Beach. Le fait qu’elle soit de petite taille et en noir et blanc la rend peu lisible.
De plus, ce dépliant n’est pas réellement accessible à tous. La structure des phrases est parfois trop complexe et le vocabulaire employé est celui d’historiens d’art. Nous retiendrons un seul exemple :

« Au tournant des années 1980, si les lectures érudites accompagnent l’évolution de Raysse, la fréquentation assidue des musées et une réflexion profonde sur l’histoire de la peinture sont les agents les plus déterminants des évolutions de sa production. Il atteint alors l’assurance d’un style qui n’est pas néoclassique, mais une synthèse rayssienne conjuguant classicisme, naturalisme et un zeste d’archaïsme, voire de naïveté assumée. »

Néanmoins ce dépliant a l’avantage de présenter une chronologie qui nous permet de toujours resituer les œuvres que nous voyons durant le parcours dans la vie de l’artiste. Cela est utile à la compréhension de l’exposition et c’est peut-être cet élément là que nous avons le plus utilisé durant notre visite.

Vues du dépliant de l’exposition Martial Raysse au Centre Pompidou

Comme nous avons pu le remarquer dès l’entrée de l’exposition, il n’y a pas de texte sur les murs de l’exposition, seulement les cartels des œuvres. Ces cartels sont parfois développés et permettent de situer l’œuvre dans un contexte tout en faisant le lien avec celles qui se trouvent dans la même salle. Cela est d’une grande aide pour la compréhension des œuvres qui sont présentées.

Si nous devions donner une note aux textes de l’exposition sur un barème de cinq étoiles : ★★★voire ★★★★ pour les cartels vraiment éclairants malgré le vocabulaire parfois trop complexe du dépliant.

  • Le parcours de l’exposition

Les espaces sont assez grands pour que l’on puisse circuler librement, l’absence de texte sur les cimaises évite l’effet bouchon dans l’exposition et la vue souvent dégagée sur le parcours rend la visite agréable à effectuer.

Néanmoins comme nous l’avons remarqué plus haut le parcours n’est pas toujours très clair. Si les thèmes des premières salles sont bien identifiables, dès que l’on s’intéresse aux dates la première partie de l’exposition devient confuse. La dernière partie, elle, nous ferait presque passer à côté d’une ou deux salles sans même que l’on s’en rende compte. Un plan sur le dépliant pour se repérer ou bien une indication supplémentaire auraient été les bien venus. De plus, la délimitation entre les différentes thématiques n’est pas toujours bien visible. Le parcours n’est donc pas aussi fluide et compréhensible que ce que l’on aurait espéré, même si nous comprenons bien les difficultés que la taille des œuvres entraine dans la conception de l’exposition, certaines pouvant mesurer jusqu’à 9m de long.

Ici Plage, comme ici-bas, Martial Raysse, 2012. Huile et liant acrylique sur toile. Peinture 300x900cm. Pinault Collection.

Si nous devions donner une note au parcours de l’exposition sur un barème de cinq étoiles : ★★★

  • La scénographie

La scénographie est simple : murs blancs, absence de texte, seulement les œuvres et leurs cartels. La plupart des œuvres sont visibles pour une personne en fauteuil roulant mais il est dommage qu’un socle et une étagère soient placés trop haut. Cela fait malheureusement manquer une partie importante de l’œuvre de Martial Raysse et peut nuire à la compréhension du parcours. Cela d’autant plus que les cartels de ces œuvres sont également placés trop haut.

L’éclairage est variable au cours de l’exposition. Si parfois la lumière est baissée pour faire ressortir les œuvres, notamment dans la salle sur le paysage, elle est parfois trop forte. C’est le cas notamment dans la salle de la série Coco Mato ou bien dans la chapelle. Une lumière trop forte ne donne pas envie d’aller voir les œuvres de plus près et peut même devenir gênante. Néanmoins à la fin de l’exposition les éclairages sous forme de petits spots dirigés vers les œuvres accrochées aux cimaises est agréable et permet d’apprécier les œuvres confortablement.

Vue de la reconstitution de la Chapelle du vieux village de Pierre et Feu par Martial Raysse dans l’exposition qui lui est consacrée au Centre Pompidou

Si nous devions donner une note à la scénographie de l’exposition sur un barème de cinq étoiles : ★★★

Cette exposition reste agréable à parcourir malgré tout, nous fait découvrir ou redécouvrir un artiste dont la totalité de la carrière ne nous est que rarement connue en entier. Nous ne pouvons que la recommander, d’autant plus que Martial Raysse sera au cœur de la prochaine soirée des Sessions.

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