Henri Cartier Bresson

Il n’est plus nécessaire de présenter ce grand photographe du XXe siècle qu’est Henri Cartier Bresson (1908-2004). Le 12 février, le Centre Pompidou a ouvert les portes d’une rétrospective lui étant consacré. Cette exposition, dont le commissaire est Clément Chéroux, ne tente pas de mettre en avant un principe d’unité reposant sur le concept de « l’instant décisif  » dans l’oeuvre de Cartier Bresson comme il en fut le cas dans de nombreuses rétrospectives du photographe. Pour les 10 ans d’anniversaire de sa mort, le Centre Pompidou a su avec brio montrer les différents visages de cet homme aussi bien artiste que journaliste, de sa pratique de la peinture et du dessin à la photographie.
Les différentes facettes de ce personnage permettent aux visiteurs de l’exposition de mieux cerner les photographies de Cartier Bresson et de comprendre en quoi celles-ci ont cet effet attractif et envoûtant sur l’oeil du spectateur.

Henri Cartier Bresson, Derrière la gare Saint-Lazare, 1932

La composition des photographies de Cartier Bresson tient une place centrale et non négligeable dans son oeuvre. Son intuition de la forme qui tire son influence de la peinture cubiste de André Lhôte qui fut son professeur lors de ses premiers pas sur la scène artistique, mais aussi du mouvement surréaliste et ses nombreuses amitiés, de Matisse à Giacometti, lui ont permis d’enrichir cette intuition de la ligne et de la forme qu’il va s’évertuer à mettre en application dans ses photographies.
La photographie bressonienne est une image d’accès facile pour l’oeil du spectateur. Elle vous invite à y entrer et à circuler, tout y est fait pour que votre regard se laisse porter par les différentes diagonales présentes dans celle-ci. C’est peut-être cette facilité d’appréhension de l’image qui a transfiguré HCB en un des papes de la photographie. Et contrairement à ce que nous pourrions croire, nous n’avons aucune liberté face à ces images. HCB nous mène directement à sa cible et même si il nous est permis de nous attarder à l’intérieur de ces dernières, ce sont toujours un instant, une personne, un objet qui se trouvent être le coeur même de cette image. Sa maîtrise de la composition permet une compréhension de l’image photographique aussi intuitive qu’est la prise de vue du photographe. D’ailleurs dans un écrit de Yves Bonnefoy portant sur l’oeuvre de HCB, il cite un ouvrage mentionné par le photographe lui-même : L’Art du tir à l’arc d’Herrigel.
La métaphore du tir-à-l’arc et de la flèche trouvent ici toutes leurs ampleurs. En effet, les photographies de Cartier Bresson sont comme une cible touchées en plein coeur par l’appareil du photographe et dont nous, spectateurs, sommes les témoins de la réussite de ce tir fugace.
Cet ouvrage d’Herrigel,

« cet excellent essai, un des meilleurs, sur le zen, qui révèle que celui qui s’entraîne à cette pratique sous la direction d’un vrai maître n’apprendra aucune technique, butera sans secours sur des contradictions qui lui sembleront insolubles – comment, en même temps, retenir la flèche et lâcher la corde ? –, puis un jour saura, sans mots pour cela, sans comprendre comment il a pu faire, mais de tout son corps désormais, de par tous les bouts de ces mille antennes que nous replions d’ordinaire, ce qui lui permettra aussi de toucher sa cible les yeux fermés : la cible qui est en lui, qui est la voie de la délivrance. (…). C’est à croire que (…) il a appris à vaincre en lui l’appréhension de la mort : photographiant à partir, non plus d’un point déterminé de l’espace, mais du sein errant de ce consentement à la finitude qui peut faire d’un être le contemporain de toutes les vies et le prochain de toutes les choses. » 1

En gros, Herrigel met en avant l’importance de la philosophie zen qui représente pour lui une mise à l’écart de la vie quotidienne tout en y étant intégré. Nous sommes pris dans ce quotidien, que nous pouvons vivre pleinement, mais la philosophie zen permet un certain détachement dans lequel il n’y a pas de place pour la réflexion. Cet essai prend tout son sens dans l’oeuvre de HCB car celui-ci a une intuition de la forme dans un instant T qui permet justement de ne pas se perdre dans une trop grande réflexivité qui aurait pour effet de ne pas obtenir une scène instantanée de la vie quotidienne. Son oeil est aussi vif que celui d’un rapace pourchassant sa proie, et même si son talent pour la peinture est à discuter, son intuition géniale pour l’acte photographique est, elle, indéniable.

Henri Cartier Bresson, Simiane-la-rotonde, 1969

C’est dans tout cela aussi que Cartier Bresson a su délivrer une esthétique harmonieuse de la présence humaine dans le monde, présence caractérisée en ce XXeme siècle par la destruction (2nd Guerre Mondiale, Guerre d’Espagne, Guerre froide…), la mort, etc…Il nous donne à voir la magie d’un bref instant détaché de l’horreur du quotidien de certains de ses sujets. C’est ainsi qu’au cours de cette exposition nous prenons autant de plaisir à nous arrêter devant une image de fête que devant l’image de viscères, de prostituées, de mendiants. HCB partage avec nous cette vision Zen dans l’instant photographique qui permet une certaine suspension du temps.

Henri Cartier- Bresson, Soviet Union, Russia, Leningrad, 1973.

Le Centre Pompidou propose donc une sorte de voyage initiatique à travers l’oeuvre de Cartier Bresson en nous introduisant les différentes facettes de ce personnage permettant ainsi aux visiteurs de cerner son oeuvre en s’imprégnant directement de toutes ses expériences, de ses débuts en peinture en passant par sa collaboration cinématographique avec Renoir, de ses clichés photojournalistiques rendant compte de l’état du monde à son époque à une photographie plus artistique. Nous traversons chronologiquement sa vie en nous plongeant dans toutes les influences qui ont permis à son travail d’évoluer au cours du temps.

Henri Cartier Bresson, Muséum d’histoire naturelle, 1976

Henri Cartier Bresson, c’est au Centre Pompidou, du 12 février au 9 juin.

1.Bonnefoy Y. (1979) : Introduction. Dans : Henri Cartier Bresson photographe : Henri Cartier . Bresson et Delpire Editeur, Paris.

Loïc L.

Une réflexion sur “Henri Cartier Bresson

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